35 heures: mise en garde de Thibault et Chérèque au gouvernement
PARIS (AFP) - Les leaders de la CGT et de la CFDT, Bernard Thibault et François Chérèque, ont mis en garde "solennellement" lundi, dans une déclaration commune, le gouvernement contre "l'adoption en catimini" de "mesures de déréglementation du temps de travail" sur les 35 heures.
Ils lui ont demandé de s'en tenir, dans la future loi sur la représentativité syndicale, à la "position commune" conclue en avril entre leurs deux organisations, le Medef et la CGPME, qui "exclut toute autre position" qu'un dépassement à certaines conditions du contingent annuel d'heures supplémentaires.
"Or, depuis quelques jours, les velléités de modifier une nouvelle fois la législation sur le temps de travail se multiplient" et "pourraient se traduire par l'adoption en catimini de mesures de déréglementation du temps de travail, dont la portée serait très négative pour les salariés", se sont inquiétés les deux syndicalistes.
Le secrétaire général de l'UMP Patrick Devedjian avait demandé la semaine dernière le démantèlement définitif des 35 heures.
Le ministre du Travail Xavier Bertrand, appuyé par Nicolas Sarkozy, avait alors affirmé qu'il n'entendait pas toucher à la durée légale du travail, mais introduire de la "souplesse" dans les entreprises.
Après des réunions au ministère durant la semaine, la CGT et la CFDT s'étaient inquiétées des intentions du gouvernement d'aller plus loin que la position commune.
"Nous attirons solennellement l'attention du président de la République et du gouvernement sur les conséquences qu'engendrerait un tel choix politique". Cela "ouvrirait pour nos organisations une nouvelle période dans les relations sociales avec les pouvoirs publics", ont prévenu lundi les deux responsables syndicaux, qui se déclarent "prêts à en débattre avec les groupes parlementaires".
Pour eux, "une telle attitude signifierait que le gouvernement et les parlementaires décideraient de faire fi du résultat de la négociation".
"Si le gouvernement ou les parlementaires ont l'intention de modifier la loi sur le temps de travail, ils doivent dans le respect des principes introduits par la loi sur le dialogue social de janvier 2007, proposer à l'ensemble des organisations syndicales et patronales d'ouvrir une négociation sur cette question".
Interrogé par l'AFP sur cette déclaration, un des porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé, a répondu : "nous sommes ouverts au dialogue et nous pouvons inviter bien évidemment les deux protagonistes de cet appel à nous rencontrer quand ils le souhaitent".
Sur le fond, "on est unanime sur la volonté de supprimer les 35 heures obligatoires pour tout le monde", a déclaré un autre porte-parole du parti, Frédéric Lefebvre.
Une déclaration qui lui a attiré une vive réplique de François Chérèque : "ce député, M. Lefèbvre, qui n'a jamais vu un syndicaliste de sa vie -honnêtement, on le connaît pas, on ne l'a jamais vu-, ne sait pas ce qu'est une entreprise, ne sait pas ce que sont les conditions de travail, l'organisation du travail."
Pour sa part, le PS a estimé que MM. Thibault et Chérèque avaient dénoncé "à juste titre l'opération politicienne de l'UMP et de son secrétaire général, Patrick Devedjian".