Strasbourg - infrastructures - L'aéroport, ce grand corps malade

Publié le par Syndicats CFDT des Commerces et Services 67

A Strasbourg comme partout, la desserte par le TGV a profondément changé la donne. Mais cet effet bénéfique, et parfaitement prévisible, semble avoir pris de court les responsables de l'aéroport d'Entzheim, qui a enregistré une chute de trafic record. Ses jours sont-ils comptés ?

C'est sans doute un des sujets les plus sensibles du moment. Tout comme le spectre de la perte du siège du Parlement européen, le devenir de la plate-forme d'Entzheim pèse sur la ville. Car l'un ne va pas sans l'autre. « Sans aéroport, on peut faire une croix sur le Parlement et le Conseil de l'Europe », résume Jean-Louis Hoerlé, président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Strasbourg et du Bas-Rhin.

Retour en juin 2007 : la CCI fête, déclarations enflammées à l'appui, la venue du TGV à Strasbourg. Mais en coulisse ses dirigeants serrent les dents. C'est que, pour la chambre, qui gère l'aéroport, les ennuis commencent. Moins d'un an plus tard, les chiffres sont sans appel. Au premier trimestre 2008, Entzheim a enregistré une chute de trafic de 33,7 %, soit 150 000 passagers en moins. A 87 %, cette baisse concerne les vols sur Paris, « flingués » par la ligne à grande vitesse.

Ryanair ou le nom qui fâche.

Sur la même période, Baden Airpark tutoie le million de passagers et l'aéroport franco-suisse de Bâle-Mulhouse affiche une santé florissante. Qu'ont-ils que Strasbourg n'a pas ? « Un passager qui décolle d'Entzheim paie 24,50 euros de taxes, contre 12 à Bâle et 10 à Baden-Baden , explique Jean-Louis Hoerlé. Ryanair propose même des tarifs à 3 euros. » Autre accusé : l'accord bâclé en 2002 entre la CCI et la compagnie à bas prix britannique Ryanair, qui prévoyait que la chambre verse une aide financière à la compagnie pour la fixer à Strasbourg. Avec deux vols quotidiens vers Londres, Ryanair devait doubler le trafic international de l'aéroport en cinq ans. On connaît la suite... S'estimant lésée, Brit Air, filiale d'Air France à Entzheim, a fait annuler l'accord par le tribunal administratif, au motif que les fonds publics accordés par la CCI à Ryanair contrevenaient aux règles de la concurrence. Selon la chambre régionale des comptes, la CCI avait oublié de consulter son propre service juridique pendant les négociations. « Ils y sont allés au culot , accuse Daniel Firholtz, porte- parole de la CFDT, le syndicat le plus puissant à Entzheim. La réaction d'Air France était courue, puisqu'elle représente 86 % du chiffre d'affaires de l'aéroport ! Plus que maladroit, c'est criminel, vu les sommes investies. » Volontiers catastrophiste, il voit l'arrivée du TGV Rhin-Rhône en 2015 comme le coup de grâce. « Si rien ne se passe d'ici là, Air France peut arrêter la desserte de Strasbourg , pronostique le syndicaliste. Regardez Lyon : depuis que le TGV la relie à Paris en une heure cinquante, Air France s'en est pratiquement désengagée. »

La CCI n'est pas restée totalement inerte. « Nous venons de lancer une ligne Strasbourg-Prague, avec un prix de lancement de 99 euros par passager aller et retour , souligne Jean-Louis Hoerlé. Nous avons aussi implanté à Entzheim une agence de voyages Havas. » Dans le cadre du projet de tram-train, la gare d'Entzheim sera déplacée pour faire face à l'aéroport. La chambre a, par ailleurs, suggéré un complexe de bureaux jouxtant la plate-forme pour attirer les entreprises en mal de voyages d'affaires. « Très bien, mais cela a dix ou quinze ans de retard », déplore Daniel Firholtz. Dès 2005, le syndicaliste avait alerté les employés d'Entzheim -l'aéroport comptabilise 600 emplois directs-sur le contrecoup du TGV. Signe de mauvais augure ? Depuis quelques mois, l'aéroport n'a plus de directeur, la CCI étant officiellement en phase de recrutement.

Bouée de secours : l'Eurodistrict.

En matière aérienne, sa position frontalière, habituellement tant vantée, dessert Strasbourg. Car tout ce qui peut être fait pour développer un aéroport l'a été... dans les places concurrentes. Ainsi de l'accueil des compagnies à bas prix, dont Baden Airpark et Bâle-Mulhouse se sont fait une spécialité. L'allongement de la piste pour les gros-porteurs a été, elle, combattue par les riverains. Seule bouée de secours : l'Eurodistrict cher à Roland Ries. Doter Strasbourg d'un statut à part permettrait notamment de revoir à la baisse les taxes fixées par l'Etat. Une perspective qui n'est pas pour déplaire à Jean-Louis Hoerlé. « Cela nous éviterait , souligne-t-il, d'être traités au même niveau que Nice, Toulouse ou Marseille. »

Catherine Piettre - 22/05/2008 - N°1862 - Le Point

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